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Pinceladas taurinas

« On ne pense qu'en aphorisme et en définitions »

Miguel de Unamuno

« Le taureau aussi a son propre style »

Rafael El Gallo

Du haut de son règne azur pale, la lune blanchie par les rayons du soleil levant s'effaçait peu à peu, juste au dessus de nous, tel un ange bienveillant gardant un oeil attendrissant sur le peuple du taureau. Ce monde rude, effervescent lorsqu'il rempli les différentes strates des arènes, et paisible lorsqu'il se pose et croît au campo. La temporada, qui voit toutes les arènes de la péninsule ibérique et celles du sud de la France briller de ferveur à la façon d'une marée montante d'aficion nourrissant les temples du Taureau, vient de s'achever et au sein des ganaderias on sent une énergie nouvelle s'employer aux préparations de la saison future.

Source de vibrations

     L'herbe semblait prendre un vilain plaisir à s'inviter entre les fibres de mon tee-shirt, se vengeant peut être, en forme d'avertissement. Je n'étais, en effet, pas à ma place, allongé à quelques mettre de lui, seigneur sur ses terres. Sa masse grisonnante sculptée dans un paysage vierge de tout arbre reluisait et elle arborait des tonalités légèrement chaudes. Il baissa la tête et savoura l'herbe rase encore humide par la rosé matinale. Mais, un détail ne me laissait pas indifférent. Et, finalement, lui non plus n'était indifférent à ma présence à ses cotés. Sous l'ombre de sa corne légèrement tracée au niveau de sa tempe droite, l'oeil noir irradiait un intense éclat blanc, un fin faisceau lumineux. Cette étincelle de bravoure réveilla en moi des sensations jusqu'alors inexpérimentées. Un discours semblait s'établir sur le fil joignant nos regards. Sans pour autant me quitter des yeux, il continua à manger, paisiblement. Nous savions l'un et l'autre que nos terrains n'auraient jamais dû s'empiéter, mais un respect s'établissait peu à peu, l'un et nous nous rapprochions. Un question s'imposait alors. Que pensait-il de cette étrange rencontre ? Quelles étaient ses idées ? José Bergamín, écrivain à la philosophie et aux écrits controversés, tant par leur beauté que par leur originalité parfois spécieuse disait que « Le taureau ne pense pas, mais il donne à réfléchir. Et chaque taureau laisse penser le torero d'une manière différente. Cette manière de penser peut être claire ou obscure, selon comment est le taureau. Car il se comporte d'une manière ou d'une autre selon son style ». Sous son regard vif, le taureau cache un comportement qu'il dévoilera, ou non, sur le sable des arènes, au centre même du cercle rouge. Ce regard dégage un mystère profond, un chant où l'histoire et la nature acquièrent une force unique. Chaque regard a un passé, et ses traits déclinent les lignes brumeuses d'une histoire en terres du taureau brave.


Le coeur du jais

     Chaque hiver, les veedores 1 tentent de déceler au campo les animaux susceptibles de pouvoir offrir en piste le meilleur combat possible, lorsqu'ils ne s'attardent pas à choisir l'animal le plus commode d'armure afin que leur matador ne souffre pas de terribles tremblements et de maux de tête. Leur coup d'oeil est essentiel, tout comme celui du torero qui analysera chacune des réactions de son adversaire dès sa sortie du toril. La féria de Séville 2009 aura été un mémorable désastre quant au jeu donné par les taureaux de la quasi-totalité des courses. En deux semaines seuls quelques animaux offrirent un combat digne d'une telle arène. Il est cependant étonnant qu'il y ai eu une telle régularité en ce qui concerne les naufrages ganaderos. Si l'on ne se cantonne pas au choix des taureaux qui, selon certains serait défaillant, on se rend compte que, bien souvent, l'environnement, entendons par cela l'environnement géographique et climatique, influe sur le moral et donc sur le comportement des animaux. Certains ganaderos avancent même qu'un lot de vaches tientées un jour donné peuvent arriver à avoir les mêmes qualités ou les mêmes carences alors qu'elles auraient eu un autre comportement si elles avaient été lidiées un autre jour, dans d'autres conditions climatiques, ou dans un lieu différent. De même, ils ont remarqué que certaines corridas pour lesquelles ils avaient une confiance totale furent un véritable naufrage, sans pour autant en connaître les causes. Être éleveur de taureaux braves c'est diriger un navire qui, bien qu'il soit des plus sûr, devra parfois voguer sur une eau paisible et souvent braver les caprices de la nature et leur force toujours nouvelle. Chaque ganaderia s'aventure sur une mer inconnue et découvre à chaque pied de nouvelles conditions climatiques et de nouveaux horizons affectant équipage et navire. N'allons donc pas croire qu'un capitaine abandonné par la raison décide sciemment, comme certains laissent soupçonner lorsqu'ils évoquent le désastre ganadero sévillan, de plonger son navire dans un gouffre ténébreux. Naufrages et triomphes forgent une histoire et un vécu à chaque ganaderia car, une chose est sûre, il n'y a pas plus mystérieux que le coeur du jais.


Oeillet Blanc, Jais Noir

     Lorsque les clarines de l'amphithéâtre arlésien retentirent, annonçant la sortie du Maître, Roi du Campo, un immense nuage gris sembla s'installer au dessus de nos têtes. Pourtant, il n'y avait aucun nuage, le ciel était bleu et les pierres de plus en plus sombres. Le soleil venait de passer derrière la tour récemment rénovée. Clavel-blanco, oeillet blanc aux jais d'un noir intense foula d'un pas lent les premières encablures donnant sur la piste. Son allure posait à chaque pas une source de doute et de mystère. Il semblait encore engourdi par le sommeil dans lequel il avait du se plonger sous les arcades sombres de l'amphithéâtre. Au centre de la piste, il observa attentivement autour de lui. Des flanelles roses faisaient mine de sortir des burladeros, mais aucun homme n'osait se présenter en piste. Lorsque López Chaves lui présenta son capote, Clavel-Blanco lui exprima le profond désintérêt qu'il ressentait pour la chose. Personne ne pensait jusqu'alors qu'il allait se précipiter sur le cheval du picador avec une force inouïe dès lors que celui-ci allait apparaître en piste et s'y employer avec une réelle virulence sans pour autant que la classe ne manque. Clavel Blanco mit en exergue toute la complexité ganadera, il remit en cause la définition de la bravoure en offrant un comportement original et complexe. Il s'est livré avec une intense combativité sous trois piques et fuira au toril sur deux autres rencontres. Dans la muleta que Domingo Lopez Chaves sut ne pas avancer afin de pouvoir conduire le taureau le plus loin possible, Clavel-Blanco mit la tête si le torero salmantin n'avançait pas la jambe et ne s'imposait pas. Dans cette lidia techniquement compliquée, le public s'attendait sûrement à voir l'animal rompre et aller « à más ». Ce ne fut pas le cas, pour les raisons évoquées précédemment. Domingo devait tenter de comprendre de quelle manière l'animal allait le mieux s'employer et déchiffrer ainsi tous les mystères de sa bravoure, cachés derrière son regard vif. José Bergamín aurait qualifié ce type de taureau, comme il le fit dans La musica callada del toreo  par la définition suivante : « Le taureau bravucón, selon Pepe Hillo, est celui qui parfois paraît brave, mais qui ne l'est pas. C'est un taureau couard, comme le sont les taureaux bravucones, qui fait le courageux pour le tromper et qu'il se confie et arrive à le trahir avec une férocité couarde. Le taureau brave n'est jamais féroce: il est noble et clair. La férocité chez tous les animaux (comme chez l'homme) prend sa source dans la peur, dans la couardise. » S'attacher à cette définition serait trop réducteur, mais cela montre qu'il y a une réelle problématique autour de la définition de la bravoure du taureau. S'il resta dans la rétine de tous un sentiment d'inachevé, lorsque l'oeillet s'envola le mystère du jais vint à nouveau redoubler de force et de présence. Ce mystère qui cultive notre aficion et notre envie de retourner aux arènes nous rappelle chaque jour que nous sommes vulnérables face à la nature.

    À quelques mettre de mon compagnon, entre son regard et le mien défilent les images de Clavel-Blanco galopant jusqu'au cheval. Ces souvenirs se mélangent aux autres vécus cette temporada et aux rêves. Vous êtes, vous et moi, chez le Marquis de Saltillo, aux côtés des mythiques Lesaca. Dans le regard de ces taureaux oubliés subsiste un rayon blanc empli de bravoure aujourd'hui abandonné. Et je me prête à rêver, sous le regard de la lune, blanchie par les rayons du soleil levant, du haut de son règne azur pale.

1Représentants des Toreros et des Empresas choisissant les lots de taureaux dans les intérêts de ces derniers.

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Vendredi 08 Janvier 2010Poster un commentaire

 

Cap conquête

 

 

 

Pour mener un navire, la présence d'un capitaine à la barre est nécessaire. Il faut savoir le diriger, lui faire épouser les vagues tourmentées par les vents souvent contraires. Dans la vie, comme dans une entreprise, il faut aussi que la main soit d'une fermeté exemplaire pour que les aventures arrivent à bon port. Construire un élevage, évoluer à ses cotés et lui donner des formes, c'est un travail rigoureux, qui impose patience et pensée, esprit de découverte et d'entreprise. Pour cela il ne faut avoir peur ni de l'inconnu, ni du connu car, si les taureaux sont imprévisibles, un éleveur  peut se nourrir des expériences de ses confrères. Là encore, si une règle vaut pour l'un, elle peut s'avérer limitée voire impropre au second. Patrick Laugier a débuté il y a quelques années une nouvelle aventure en achetant des vaches et des étalons à Javier Sanchez Arjona, d'origine Juan Pedro Domecq. Patrick est déterminé à arriver au sommet, son regard perçant et ses mains rudes en témoignent. En achetant ce qui, à ses yeux, est son petit joyau, il compte humblement rejoindre les hautes lignes  ganaderas actuelles.

Le jour se lève sur le Mas de L'illon, entre Fontvieille et Arles. Le printemps est arrivé, les herbes folles courent finement sur les terres vallonnées de la propriété. Les taureaux qui dans quelques jours fouleront le sable sec et doré des arènes de Nîmes attendent paisiblement dans l'espace luxuriant qui leur est réservé. Ici, chaque aliment est précisément dosé et l'herbe fraîche pousse à foison. Un canier délimite l'enclot et peint un fond d'un superbe vert. Les robes noires et rousses des novillos reluisent. Tout est prêt pour le départ fixé dans quelques jours pour les arènes de Nimes. Patrick a déjà tout prévu pour l'occasion. Pour se détendre, il aime aller se promener sur le plateau qui surplombe la finca. Un paradis de paix et d'essences provençales. Une odeur de cyprés, sous lesquels les vaches portant le fer du Marquis de Domecq, se mélange à celle du thym. Elle est tendre tout comme les nouveaux nés, protégés par le regard bienveillant de leur mère. Patrick les observe avec une confiance et un amour de père. C'est avec elles qu'il a commencé l'aventure, qu'il a fait ses premiers pas et lancé sa conquête vers les cimes, humblement.

 

 

Alors, pour contempler son embarcation et son équipage, il s'avance lentement et se faufile entre les arbustes des Alpilles. Du haut de la fallaise, il observe en plaine son bétail et les trésors que la nature lui a offert. Un marécage, une plaine dorée de vert pente caillouteuse et ardue à gravir chaque jour pour rejoindre les vaches. Il respire une dernière fois, se nourrissant de toutes ses joies, et lance un regard à l'horizon. Cap conquête !

 

 
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Guadarrama, Madrid

Novillada avec picadors

29 Septembre 2009

Temps nuageux et très frais. ½ arène.

Furent lidiés 4 novillos de El Pilar (Juan Pedro Domecq via Aldeanueva) (2 – 3 – 4 – 6 ) et 2 novillos de Moises Fraile, propriétaire d'El Pilar (Lisardo Sanchez) (1 – 5). Le troisième, Resistón, numéro 46, du fer d'El Pilar, fut primé d'un tour de piste posthume. Pour :

 

  • Pablo Lechuga, de vert bouteille et or : Division et silence

  • Thomas Joubert, de mauve royal et or : Saluts au tiers après avis et silence après avis

  • Victor Barrio, de rouge et or : Oreille et silence

 

David Adalid, banderillant sous les ordres de Victor Barrio, salua au troisième exemplaire.

La fragilité du toreo,

ou la tauromachie-frontière

Sur les hauteurs de la montagne de Guadarrama qui pose ses crêtes au nord de Madrid, courent les premiers soupirs annonçant le râle hivernal, vagues de fraîcheurs. Ils épousent le courbes sèches du relief grisonnant. Entre automne et hivers, les brises précoces surprennent les quelques téméraires présents sur le tracer de l'encierro. Il est 13h30. L'éclat des pétards fleurit de part et d'autre du parcours qui serpente entre les bâtisses du village, derrière les barrières de madriers disposés pour l'occasion. La foule se trouve ruée à l'abri de celles-ci, guettant oreille tendue et regard évasif le déclenchement de la bombe. Elle semble vouloir ignorer la présence des coureurs. Ils sont pourtant des frères, des cousins ou des amis. Est-ce la possession ou non-possession de courage qui les oppose et les sépare ? Dans le cas du torero, l'intérêt qui lui est attribué provient de manière très nette de sa capacité à faire partager une création à la fois matérielle par sa consistance physique et immatérielle par sa fugacité et son inconstance. La tauromachie-frontière. Un lieu-espace d'échange, généralement entre deux territoires, entre torero-créateur et public pour ce qui est du toreo, une notion discutée et mouvante de part sa fragilité. Si elle paraît forte et bien précise elle n'est, spatialement, qu'un concept territorial vague et infini. La tauromachie est, elle aussi, un espace de création et de partage infini, à la fois fort et fragile.

 

Alors que l'on s'apprête à tourner les dernières pages de la temporada 2009, Guadarrama propose un cycle de novilladas. La première novillada de la féria permit de vérifier cette notion de tauromachie-frontière. Victor Barrio vint ravir l'oreille de l'excellent troisième et Thomas Joubert offrit, une fois de plus, des muletazos d'une personnalité indéniable sans pour autant parvenir à convaincre totalement. Effectivement, l'un et l'autre démontrèrent que force et fragilité cohabitent à une période clé de leur carrière. Victor Barrio parvint à marier sa taille élancée avec une tauromachie ronde et harmonieuse, cadencée par un poignet précis et régulier, notamment lorsqu'il traça des naturelles au centre de la piste, avec langueur et pureté. Resistón, né de noble famille, aurait dû être Roi, il fut valet, dupé par son manque de forces. Avec bonté, bien qu'il fut le plus petit de l'encierro, s'engouffra et suivit avec classe et obéissance le leurre. Lorsqu'on le soumit, il sût surmonter ses faiblesses pour faire briller sa généreuse combativité. Victor Barrio, techniquement trop fragile, ne put rester à sa hauteur en fin de faena et se fit désarmer à deux reprises, laissant ainsi s'effondrer une frontière encore trop mince. Après une épée tombée et une autre défectueuse, la présidence lui accorda une oreille. S'il s'employa autant qu'il put pour décrocher un second trophée face au dernier novillo de la tarde, la fadeur de l'animal ôta tout espoir de triomphe.

Thomas Joubert, que l'on surnommait Tomasito jusqu'alors, se présentait dans les arènes de Guadarrama. S'il était moins doté techniquement lors de ses précédentes novilladas, on le vit plus sûr, le pas ferme et posé sur le sable face aux deux novillos lorsqu'il élança le bras toréant autour de sa hanche, assis sur ses reins, pour une larga impassible. Son premier adversaire semblait posséder un problème de vision sur le piton gauche. Thomas saisit sa muleta dans la main droite, au centre de la piste et sombrero s'élança avec allégresse et fixité dans les plis de celle-ci. Se confiant parfois, d'autres fois plus hésitant, Thomas se relâcha pour offrir de superbes derechazos malheureusement isolés, pourtant verticaux et aisément relâchés. A gauche la faena perdit en intensité, les naturelles étant plus décousues et l'entente inégalement trouvée. Un trophée s'envola après un pinchazo et une bonne estocada. Le conclave le fit saluer au tiers. Le cinquième novillo manqua de race, ce pourquoi Thomas le toréa aux planches afin de profiter de cet élément. Par intermittence il offrit de bons passages, mais l'ensemble resta fébrile et le public, pétrifié par le froid n'accorda pas l'importance méritée aux passages plus brillants.

Pablo Lechuga offrit, une nouvelle fois, une tauromachie inconstante, souvent à la dérive malgré quelques lueurs d'espoirs. Il toucha le meilleur lot, fit sonner souvent sa voix tel un drapeau blanc brandi arme en joue. Il abandonna littéralement devant le novillo ouvrant le course en décidant de le descabeller sans même lui avoir offert une mort digne, au bout d'une estocada. Au quatrième, il tenta de sauver la troupe en se livrant au capote avec temple, cadence et vibration. Il joua du coude pour amplifier la profondeur de ses capotazos avant de l'user pour rectifier ses mauvais placements muleta en main. L'animal offrait de magnifiques possibilités, en particulier sur la corne droite, qu'il n'exploita qu'à moitié. Quelques séries bien accompagnées se détachèrent sur un ensemble inconstant. Il pincha à trois reprises, et de quelle manière, avant d'entrer une épée contraire et de loger un coup de descabello final. Silence respectueux, trêve.

Reseña de toros :

  • 1 – N 50. Cigaron. (Moises Fraile) Décembre 2005. Silence à l'arrastre

  • 2 – N 33. Sombrerero. Juillet 2006. Silence à l'arrastre

  • 3 – N 46. Resiston. Janvier 2006. Vuelta al ruedo posthume

  • 4 – N 24. Sospechillo. Octobre 2005. Applaudissements à l'arrastre.

  • 5 – N 23. Lavador. (Moises Fraile) Novembre 2206. Silence

  • 6 – N 92. Dudito. Octobre 2005. Silence

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Arènes d'Arles

Dimanche 13 Septembre 2009

17h00

Quatrième et ultime corrida de Féria. Beau temps. 3/5 d'arènes.

4 toros de Valdefresno, bien présentés, sérieux et bien faits en lignes générales, notables les premiers, second et sixième, et 2 de Fraile Mazas, ( 3 ème et 5ème ), meilleur le troisième, compliqué le cinquième. Ils reçurent un total de 12 piques. Pour :

Juan Bautista, vêtu d'un bleu azur et or : Saluts au tiers et Silence

Sébastien Castella, vêtu d'un mauve et or : Oreille après avis avec forte pétition de seconde et bronca à la présidence, et Salut depuis le callejón.

Roman Perez, qui recevait l'alternative, vêtu de blanc et or : Oreille après avis et deux oreilles.

 

Présidence, plus crédible que les jours précédents : Gerald Mas, assisté par Jacky Boyer et Robert Chay. Romain Fluet, appellé Roman Perez prit l'alternative face à Marqués, numero 89 de l'élevage de Valdefresno. Né en Septembre 2004, et pesant 530kg, il portait une robe noire.

Juste mesure

Il fallut attendre la troisième et dernière après-midi pour retrouver une présidence censée, apte à résister aux caprices chroniques d'un public nourrissant de plus en plus les rangs de l'inculture taurine. Avis aux observateurs, agissez. Qu'il est triste de voir un secteur du conclave protester lorsqu'un animal s'emploie sous le fer, qu'il est désolant de le voir demander à tort et à travers des trophées lorsqu'il n'y a lieu d'être et lamentable de scander toute sorte de vulgarités envers toreros, présidences ou autres acteurs. S'il est vrai que les qualités des taureaux de Valdefresno ne furent pas pleinement exploitées par les toreros, la présidence sut respecter le règlement en délivrant un seul pavillon à Sébastien Castella au troisième taureau de la course, sous la pression du public. Celle-ci était discutable, ce pourquoi il ne fallait pas octroyer une seconde oreille, majoritairement sollicitée par le public. Effectivement, Sébastien Castella, tout comme Juan Bautista à son premier et Roman Perez devant son taureau d'alternative n'exploitèrent pas toutes les qualités de noblesse et bravoure de leurs adversaires. Tous trois furent de bonne note, voire de grande note pour ce qui est du premier, du sixième.

 

Roman Perez toucha une très bon adversaire pour son alternative. Il démontra son envie constamment, dessina de bons muletazos mais manqua de laisser parler son coeur et de se livrer plus à l'excellente embestida de son Valdefresno. Ce dernier s'était grandi sous le fer, tout comme les troisième, quatrième et sixième. Il fit l'avion lorsque Romain l'embarqua par le bas, chose qu'il ne répéta que rarement. En dominant plus l'animal et en lui baissant la main, il aurait pu faire vibrer autrement la bravoure de l'animal et se relâcher davantage, chose qu'il fit sur certaines séries face au dernier taureau de la course. On vit une autre dimension du torero arlésien, parfois profond, parfois relâché et plus délicat mais on sentit une certaine raideur dans a gestuelle et trop de violence dans les provocations pour comprendre parfaitement l'exemplaire salmantin. Deux bonnes estocadas libérèrent une oreille, heureuse récompense d'alternative, puis deux oreilles.

Juan Bautista aurait pu espérer profiter des qualités du quatrième taureau de l'après-midi. La chance ne fut pas au rendez-vous, et son manque de force voila ses qualités de bonté et de noblesse. Seul le début de faena fut de bonne composition, lorsque Juan lia cinq passes « por alto », la main posée sur la barrière auxquelles il lia d'agréables ornements. Le tout alla à « menos » lorsque le Valdefresno commença à montrer des signes de faiblesse. Juan se résigna à abandonner, plongeant une atravesada puis logeant un descabello. Face à son premier, un noble animal Lisardo qui s'éteignit en fin de parcours, Juan ne parvint à le soumettre complètement en ne baissant que partiellement la main, la relevant en fin de muletazo. Alors que le taureau aurait pris la muleta avec encore plus de conviction, celui-ci resta sur une défensive forcée. Malgré quelques passages agréables, notamment à gauche, l'oeuvre n'atteint pas les gradins. Un tiers de lame et un descabello, avant que Juan soit invité à saluer au tiers.

Sébastien Castella laissa parler sa douceur et son temple cadencé capote en main face au premier taureau qui lui correspondait. Il manqua cependant de se livrer, tout comme ses compagnons de cartel, muleta en main. À diverses reprises il se fit accrocher le leurre puis désarmer, alors que le taureau faisait l'avion et répétait allègrement ses charges. Quatre derechazos liés sur un palme de terrain en fin de faena, compas ouvert et tempo cadencé, culminèrent une faena qui alterna les hauts et les bas. Après une bonne estocada, le public tout acquis à sa cause demanda avec force les deux oreilles alors qu'une seule était amplement suffisante. Sagement, la présidence opta pour la juste mesure en accordant réglementairement un seul pavillon. Le cinquième fut le plus compliqué de la course. Dès le premier tiers il se refusa à toute collaboration et ne voulut s'employer sous le fer. Il protesta et se réserva lorsque Sébastien fit un gros effort muleta en main. En vain, il ne put qu'obtenir la reconnaissance du public.

 

Reseña de toros :

  • N°89 – 530kg Negro – Marqués – Septembre 2004 - Ovation

  • N° 71 – 545kg Negro Meano – Lironcito - Novembre 2004 - Applaudissements

  • N° 31 – 520kg  Negro – Carasucia – Novembre 2004 - Applaudissements

  • N° 61 – 510kg Negro - Caraalegre – Septembre 2004 - Sifflets

  • N° 34 – 525kg Negro – Cigaro – Mars 2005 – Légers Sifflets

  • N° 51 – 540kg Negro  - Bilanero – Octobre 2004 - Ovation

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Arènes d'Arles

Corrida Goyesque

Samedi 12 Septembre 2009 17h00.

 

Deuxième corrida de Féria. Beau temps. 2/3 d'arènes.

 

Furent lidiés 6 taureaux de Jandilla, justes de présentation pour certains, maniables en lignes générales, excepté le 4ème plus retors. Supérieurs les 2ème et 5ème, doux à souhait mais pêchant de transmission l'ultime. Le premier fut alla « a mas » au troisième tiers mais manqua de classe dans sa charge. Pour :

 

  • Julio Aparicio, de Noir et azabache goyesque, Ovation depuis le callejón et Bronca

  • Matías Tejela, qui remplaçait Manuel Jesús « El Cid » blessé, de lie de vin et azabache goyesque, deux oreilles et deux oreilles, généreusement accordées.

  • José Mari Manzanares, de blanc et azabache goyesque, Saluts au tiers et oreille avec pétition unanime de la seconde. Il effectua deux vueltas al ruedo.

 

Président, Jacques Garcin. Assesseurs, Daniel Balme et Annie Gueyraud. En ouverture de spectacle, un défilé goyesque se présenta en piste et un taureau de Valdefresno fut recorté par les recortadores locaux. Après 45 minutes de spectacle, la corrida put débuter. Présidence sans aucun critère crédible.

 

Décadence symphonique

 

Les premiers accords donnés avec repos et responsabilités laissèrent augurer une suite des plus émouvante. Franqueza, de Jandilla, possédait une charge claire et harmonieuse qu'il laissa courir lorsque José Mari Manzanares d'une caresse l'invita à s'engouffrer dans les plis de sa percale. Son corps le trahit pourtant lorsque sa corne droite, tendue vers le ciel, vint se perdre dans le sable. Vuelta de campana de laquelle il ressortit encore plus adouci. Il prit alors un rythme encore plus lent. Si l'on savait que l'animal ne ferait pas vibrer les arènes lors de sa rencontre avec le cheval, qui d'ailleurs fut anecdotique, Franqueza était le taureau idéal pour que José Mari se relâche et exprime sa personnalité. Le torero alicantin prit muleta en main pour la diriger avec la précision qu'aurait eu un chef d'orchestre la baguette au bout des doigts. Le soleil avait disparu et une ambiance onirique régnait en piste. On sentait qu'en ce dernier taureau nous allions assister à quelque chose aux saveurs toutes particulières. José Mari dessina, et avec quelle douceur, un premier derechazo en ligne droite en tendant son corps vers l'avant puis laissa s'évanouir un changement de main à la profondeur inouïe. S'il savait que l'animal ne pourrait transmettre, il parvint à apporter l'émotion que n'avait pas le taureau. Une technique si précise et délicate, un toque parfait, presque invisible telle était sa douceur, que cet effort parut naturel, une créativité aux essences uniques. Effectivement, lorsqu'il s'abandonna à des derechazos en joignant les pieds, lorsqu'il donna une forme courbée au bras qui conduisait l'animal, la faena atteint des sommets de beauté et de pureté rares. Une grande estocada vint conclure superbement cette symphonie de toreo. À tel point que la présidence, qui avait bradée de manière incompréhensible quatre oreilles à Matías Tejela auparavant ne crut opportun l'octroi des deux pavillons unanimement réclamés par le conclave, et effectivement mérités. Après avoir fêté son oreille, José Mari fut invité à effectuer une seconde vuelta al ruedo, couronnée d'une grande bronca destinée à la présidence comme point d'orgue à une décadence symphonique.

 

José Mari avait atteint un très bon niveau devant son premier adversaire mais l'émotion ne fut au rendez-vous. Pourtant, il fut une nouvelle fois parfait de technique. La faena construite avec temps et repos à l'animal le plus sérieusement présenté culmina sur des bonnes naturelles marquées du sceau d'un temple personnel. L'épée vint effacer l'espoir de trophée. Poliment, Manzanares fut invité à saluer au tiers.

 

Matías Tejela, qui venait en remplacement d'El Cid put bénéficier des sympathiques critères de cette déconcertante présidence puisque quatre pavillons lui furent accordés. Le torero madrilène eut la chance de toucher le meilleur sorteo qui, et ce n'est pas ce que démontre le résultat, aurait du lui permettre de se libérer plus que cela. Il toréa avec fougue et décision Cobrador, sorti en seconde position, capote et muleta en main. Ce Jandilla eut de la classe et de la bonté, qualités qui ne suffirent pas à Tejela pour se relâcher sur davantage de muletazos. Alors que l'animal s'éteignait en fin de faena, le madrilène opta pour ne pas le dominer à l'excès. C'est avec variété qu'il tenta de convaincre le public, liant en fin de faena un changement dans le dos avec un molinete suivis d'un superbe derechazo. Il tua d'une grande estocada efficace et le palco, inspiré, offrit deux sympathiques oreilles. Et comme « les bons comptes font les bons amis », il fallut doublier la mise. Le cinquième exemplaire se réveilla sous le fer pour offrir par la suite de bonnes embestidas. Tejela, à nouveau électrique et éclectique, fit beaucoup, déplaçant souvent l'animal vers l'extérieur, dessinant parfois de superbes gestes. Son irrégularité regrettable fut compensée envie débordante. Il acheva sa faena par un molinete réalisé à genoux et un redondo inversé important. Il tua d'une estocada quelque peu horizontale, ce pourquoi l'animal tarda à tomber. Deux plus deux font quatre.

 

Julio Aparicio laissa quelques détails, quelques espoirs aussi, face à son premier animal. Detractor possédait une grande mobilité mais manquait de classe. Il ne s'employa pas au cheval et ne termina pas de rompre durant le troisième tiers. Le torero madrilène ne trouva pas toujours le bon tempo afin de ne pas se faire accrocher le leurre. Il laissa pour autant de bonnes naturelles en fin de parcours et tua de manière précise et efficace. Il fut aimablement invité à saluer depuis le callejón. Devant le quatrième, Aparicio fut aussi frai que l'air qui vint voguer entre les pierres de l'amphithéâtre en fin d'après midi. Frai, comme le Carpaccio, à manger tout cru. Passes de châtiment en plat principal, bajonazo convaincu dans les madeleines de Charlotte et Grande Bronca Grand Cru en digestif. Note salée.

 

Reseña de Toros

  • N° 105 – 510kg - Negro mulato – Detractor - Mars 2005 - Silence.

  • N° 91 – 525kg - Negro mulato choreado – Cobrador - Novembre 2004 – Applaudissements

  • N° 88 – 540kg – Negro – Zumbon - Novembre 2004 - Applaudissements

  • N° 93 -520kg - Negro mulato – Delto - Octobre 2004 - Applaudissements

  • N° 28 – 545kg – Negro mulato – Trapero – Octobre 2004 - Applaudissements

  • N° 62 – 500kg - Negro mulato – Franqueza -  Mars 2005 - Applaudissements

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